Y’a pas le feu !
From rise to fall real quick
L’idée du caractère cyclique de la mode est bien établie : en fonction du référentiel des créateurs et des clients (à savoir généralement leur adolescence), les tendances se répètent tous les 20 ans, référençant la décennie en question. Les créateurs actuels ont grandi dans les années 90, d’où le retour du large et du mauvais goût. Ce caractère rassurant permet à chacun de trouver un espoir dans la sape : les amateurs de slim dégoutés par la période pensent qu’il va revenir sous peu. Ils conservent avec amour leur jeans skinny Bonnegueule ou APC sans réaliser qu’ils ne rentreront plus dedans si un jour ils reviennent. Si. Car oui, ce caractère cyclique, il est désormais totalement fucked up.
Le retour du large déjà. Vous le voyez dans la rue vous ? Pas moi. Même chez les jeunes, c’est très contrasté. Chez les vieux, n’en parlons pas, la plupart des Julien et des Sébastien n’ont pas pigé que porter du slim avec leur bedaine c’était pas l’idée du siècle. Et le large s’en irait déjà, laissant place au bootcut (que, disons le direct, personne n’a envie d’adopter, sauf les créateurs cocaïnés de la rive gauche parisienne) voire au slim sur les podium ? La mode, c’est désormais tout en même temps, tout simplement parce que l’offre est tellement pléthorique, rapide et diffusable qu’il n’y a plus aucune limite à la cohabitation des tendances. Et le symptôme le plus flagrant de cette fulgurance, c’est la Fireman Jacket, qui est passé de hit à miss en l’espace de six mois !
Souvenez-vous. En mars dernier Nicolas écrivait sur la très belle fireman jacket Mfpen. Il constatait que cette pièce, caractérisée par ses fermoirs en métal pensé pour que les pompiers puissent les manipuler avec leurs gants, était une rareté dans le vestiaire masculin, surtout l’apanage des marques repro/hommage, qu’elles soient quali comme The Real McCoy ou éclatées comme Brut Clothing. A part Aime Leon Dore, cette Mfpen était la première tentative d’une fireman jacket cool, avec un fit moderne, une allure racée et adaptée à un vestiaire plus contemporain que vintage. Les clasp n’étaient d’ailleurs qu’un élément parmi d’autres constituant un design réussi, la pièce ne reposait pas que sur ces fermetures.
Fast forward : un an plus tard seulement, la fireman jacket pop de partout, totalement démonétisée. Chez Brunello Cucinelli. Chez Rubato. Chez Arte Antwerp. Chez Abercombie. Chez Zara. J’en ai encore vu passer une hier et j’ai oublié de la relever. De 2000€ à 50€. Des tiktoks en parlent, des vidéos Youtube sont tournées, le NYT en parle, le prix des pièces vintage explose, vous pouvez être certain que les suiveurs de l’étiquette en mettront une à l’honneur (edit : après consultation des archives, ça a déjà été le cas), et on risque bien l’an prochain d’être ensevelis sous les fireman clasp. Bien sûr la réussite de ces pièces est extrêmement variable, la plupart sont franchement foirées.
Pourquoi ? Difficile à dire. J’en ai parlé à Nicolas et à d’autres experts, et je pense qu’à un moment un quelconque bureau de tendance a placé une fireman dans ses inspis tendance du turfu. Sans doute poussée par un lookbook Aimé Léon Doré (qui était encore relevant à ce moment.) MfPen tira le plus vite, et la qualité de l’exécution a suffit a lancer une mini hype sur le web, portée par des leaders d’opinion (et ouais Nicolas, t’es désormais un leader d’opinion) qui aura permis aux marques qui en avaient en développement de se lancer plus sereinement. Le milieu de la sape homme étant frileux, nul doute que la validation d’un Cucinelli combinée à un Zara suffira à convaincre les marques les moins aventureuses de se lancer. Bientôt la fireman jacket sera sur le dos de votre pire influenceur, et vous devrez vous poser la question d’à quel point elle vaut le coup.
Dans l’article que je link juste au dessus, je me demandais s’il fallait séparer la marque de son créateur, etc. Faut-il séparer la sape de la hype ? C’est difficile. Prenez Jacques Marie Mage par exemple. Le produit est ouf. Hélas c’est devenu la paire de lunette officielle des gens qui n’ont aucun style. Vous devez donc être vraiment très très bon pour vous la permettre et ne pas être confondu avec tous les suiveurs qui ont acheté des paires qui ne leur va pas et qui ne vont pas avec leurs sapes. Cela fera l’objet d’un autre article. La fireman jacket donc, vous pouvez la tenter, mais sachez que la barre sera vraiment très haute pour vous en tirer avec brio.
Si vous êtes de ceux qui ont craqué avant la hype, vous avez l’immense plaisir d’être tout à gauche du graphique posté plus haut. Mais bon, vendez là, c’est le moment de se faire un billet. Perso je passe mon tour, mais j’ai toutefois la facheuse habitude de changer d’avis, donc qui sait si Niceness ou Comoli se lancent sur le créneau dans le futur (peu probable.)









Mdr, je savais pas d'où cette pièce sortait : toujours cru que c'était hérité des accoutrements de pêcheurs/poissonniers.
Je note que Nico « Fat’ » est désormais expert et leader d’opinion. Ça va commencer à déborder du champ des titres.
Sur la fireman c’est un concept cool sur le principe (d’ailleurs ça irait bien sur une pièce d’hiver que tu manipules toujours en gants quand tu te cailles le uc’ par -5), mais dans les marques urbaines c’est forceur de zinzin.
Ptite remarque sur RMC, la marque est super quali mais pas parfaite non plus. J’ai vu un gars avec un perfecto repro de RMC magnifique mais avec un bon décalage de teinte du cuir (marron foncé) entre une des manches et le reste de la veste et à ce tarot (2-3k$ retail) je trouve ça légèrement dérangeant. Ça n’empêchait pas la pièce d’être magnifique, nonobstant. (Si je retrouve le lien je le posterai.)