Pourquoi c’est bien
La chemise en laine Auralee
Sur ce blog, je m’enthousiasme régulièrement sur des marques, des pièces, sans forcément m’attarder sur les raisons de cet enthousiasme. J’écris en effet pour le plaisir d’écrire sur le vêtement, je suis donc mon premier lecteur en quelques sortes… et donc je n’ai pas besoin de m’expliquer en détail mes emballements. Paradoxal.
Seconde raison, je me garde toujours de tester (au sens review) une sape que je viens de recevoir. Un retex rapide oui, mais un test non. Les reviews sont à mon sens une imposture si vous ne la portez pas sur le long terme. C’est comme si CanardPC ne testait un jeu que sur son premier tiers. Non seulement une sape évolue avec le temps, mais une partie de ses caractéristiques n’apparaît qu’au port. Plus encore, comme je le disais que l’article sur Comoli, la fréquence de port est un indicateur précieux : quand votre placard déborde, les meilleures sapes dominent et attirent votre main le matin. L’argument principal de la belle sape c’est souvent la patine / l’évolution / le vieillissement / la durabilité, et c’est paradoxal de ne pas vouloir tester ceci.
Aujourd’hui on va donc parler des chemises Super Light Wool d’Auralee, disponibles chaque saison en version unie ou à carreaux, avec quelques nuances (la matière n’est pas tout à fait la même.) Ça tombe bien j’en ai eu plusieurs, j’en ai encore deux, et je les ai assez portées et lavées pour les apprécier. Attention tout de même aux variations d’années en années : Auralee retravaille ses matières, ses coupes… on ne peut pas parler de bouleversement et il y a une vraie constance, mais vous n’êtes pas à l’abri d’une surprise si vous attendez recevoir pile-poil ce que j’ai.
Par ordre d’importance croissant :
La coupe
Longtemps je me suis méfié du bien coupé. A force de lire des gourous affirmer que tel ou tel vêtement l’étaient, alors qu’ils étaient juste coupés selon leur goût personnel et adapté à leur morphologie. La même histoire que la fameuse shape du sneaker game, qui m’a toujours semblé profondément arbitraire et relever d’un simple cool/pas cool de cours de récréation. Après mes pieds me laissent guère de choix, ceci explique donc cela, si je pouvais être exigeant sur la shape, peut-être le serai-je ?
Toutefois lorsqu’on dépasse la subjectivité, on réalise qu’il y a énormément de vêtements objectivement mal coupés, et à l’opposé une infime partie qu’on peut vraiment qualifier de bien coupée. Entre les deux le marais de la normalité. Dans nos gamme de prix les mauvaises coupes se font rare, d’où le placement de la coupe aussi bas dans mon échelle pour cet article.
Mal coupé, c’est un donc vêtement dont la coupe (ie le patron si on considère qu’il a été suivi fidèlement) a des défauts qui apparaissent quels que soient le corps qu’il habille, ou, du moins, très très souvent. Une épaule qui rebique. Un col qui baille. Alors que bien coupé, ce sont ses vêtements miraculeux qui vont bien à tout le monde ou presque de manière quasi inexplicable. En ce sens le freesize se doit d’être bien coupé, hélas c’est très rarement le cas. De même le slim fit, l’absence d’espace rendant le moindre détail important. Bref, la coupe est la moins importante dans cet entre-deux majoritaire, aucun miracle n’est nécessaire sur une simple chemise casual. Ça reste du chiffon !
Et donc cette Auralee ? Bien coupée, mal coupée ? Ni l’un ni l’autre. C’est une coupe sérieuse, pas magique, un bel équilibre entre ampleur et classicisme, un léger oversize qui vient mettre en avant la fluidité sans en faire trop. On peut s’interroger sur la pertinence des pinces à l’arrière quand on a déjà beaucoup de place, mais c’est vraiment pour chercher la petite bète. Notez aussi une belle qualité : la chemise est facile à reprendre sur ses longueurs : coutures classiques sans hirondelles. Poignets sans capucin. C’est un vrai atout. On peut donc plus facilement l’adapter à sa morpho qu’une autre chemise.
J’ai porté ces chemises dans de multiples contextes, dans des tenues plus ou moins chic, et si elle ne va pas jusqu’au registre workwear, à l’usage nous sommes sur des pièces faciles à porter.
La confection
C’est une chemise casual. On ne lui demande pas la lune, on a pas spécialement envie de la noter, on ne coche pas des cases sur une liste de features, on cherche pas à maximiser un rapport qualité prix. Et ça tombe bien parce que y’a pas grand chose : pas de coutures anglaises, pas d’hirondelle, pas de passage main, pas de conneries au nom italien. On s’en tape.
Par contre la confection est très propre. Bien plus propre que beaucoup de marques qui proposent ces features. A quoi bon coudre les boutons en zampa si les boutons se barrent après dix lavages comme c’est parfois le cas chez Finamore Napoli ? A quoi bon des anglaises si c’est pour qu’elles soient aussi fat que des doubles coutures ? A quoi bon les hirondelles tout court ? Vous me répondrez que tout cela coûte de l’argent, et a donc son rôle pour juger le rapport qualité/prix de la chemise. Je vous rétorquerai qu’ajouter du vent dans une confection n’augmente pas la qualité, ça diminue juste la marge de la marque. J’ai mis très longtemps à comprendre cela. Une feature quelle qu’elle soit doit avoir un sens.
Auralee fait sérieux à tout les niveaux : boutonnières au poil, boutons bien accrochés, pattern matching sur la poche (le seul vraiment indispensable) ET les côtés (appréciable), une chemise basique mieux faite et surtout plus intelligemment faite que bien des pièces “sartoriales”. RAS sur la durabilité : aucune casse coté boutons, aucune usure excessive constatée, aucune décoloration de la teinture. Autant de choses impossibles à vérifier sans la porter !
Le style
Ici aussi une notion très subjective, qui reste toutefois capitale : faut que la chemise vous plaise. Auralee réussi très très bien la chemise casual chic, avec un très bel équilibre du col (7.5cm pour ceux qui aiment mesurer), souple, pas formel pour trois sous, pas ridiculement petit, pas prétentieusement grand, et tombant bien.
Les manches se retroussent aisément (un critère important pour moi, c’est un gimmick de style à la con que j’affectionne), la chemise est belle sans être ostentatoire, quiet luxury dirait Tiktok.
L’absence de bouton capucin est a double tranchant : il facilite la retouche de la longueur, mais rends les manches moins propres si leur longueur est mauvaise. C’est donc une chemise qu’il faut vraiment retoucher. Ne faites pas les rats, prévoyez ce budget dés l’achat, et trouvez vous un super retoucheur. Le meilleur à Lyon c’est Atek. De très loin. Dans le deuxième.
De même nous avons un espace assez conséquent entre le tout dernier bouton et le bas de la chemise. Conséquent mais bien dosé (même si par défaut je trouve qu’il pourrait être 1cm plus court) :
il n’est pas assez important pour choquer, être moche,
il vous laisse la place de racourcir la chemise de quelques centimètres sans que l’écart entre le dernier bouton et le bas de la chemise soit inférieur à l’écart entre deux boutons, ce qui vous tassera. Spécialité des DVNB un peu paresseuses.
Au final un style que je ne qualifierais pas d’intemporel (je ne crois pas que ça existe) mais assez neutre pour ne pas trop subit l’assaut du temps.
La matière
J’évacue direct les boutons : RAS.
Trop de marque tendent à n’utiliser que de la nacre blanche par soucis de simplicité. Ici on a du nacre noir, soit la couleur qui va avec la matière. On apprécie. Belle qualité de bouton, beau nacré, épaisseur satisfaisante (pas trop fine cheap ni trop épaisse.)
La laine ensuite. Déjà, c’est de la laine. Ce n’est pas si courant, surtout en Europe ou les marques sont réticentes à utiliser une telle matière, chère et réputée fragile. La laine, ça veut dire une main un peu différente du coton (la chemise unie est une flanelle grattée, la chemise à carreaux est plus froide), et surtout un drapé vraiment différent. Plus prosaïquement on bénéficie des qualités intrinsèques de la laine en terme de chaleur et de non rétention des odeurs.
Mais le vrai atout de cette matière, c’est qu’elle est lavable. En machine. Avec vos autres sapes. Je n’ai observé aucun rétrécissement au fil des lavages. Elle est de plus facile à repasser, une qualité désirable quand comme moi vous n’êtes pas un amateur de fer et que vous passez tout au steamer. On ne dit pas assez à quel point “facile à vivre” joue énormément dans la fréquence de port : j’ai une big shirt en twill Auralee, un autre modèle classique de la marque, que j’adore objectivement, fit terrible, matière super confortable, couleur magnifique… mais elle froisse. Et est chiante à défroisser. Résultat elle sort peu.
Le prix
Là où le bât blesse : ces chemises se vendent autour de 250€ au Japon et arrivent autour de 500€ chez nous. J’ignore si c’est une politique d’Auralee, si c’est une manière de laisser les retaillers marger, si c’est c’est au Japon ou la marque sacrifie sa marge… quoiqu’il en soit à 500 balles la pilule est difficile à faire passer.
Vous devrez soit l’importer (en vous jouant des soldout), soit miser sur les soldes (un 30% sans aucun problème, un 50% si vous avez un peu de bol, plus même mais c’est rare) ou la loterie Vinted. Si vous êtes Mercari, la côte reste assez forte les premières années, cherchez plutôt les modèles plus anciens.
PS : je possède aussi la variante pantalon de la matière. Pour le coup je déconseille, un peu trop fluide/léger pour faire un pantalon vraiment pratique. C’est mon jogging d’intérieur du coup. Il y aurait un article à écrire sur les marques qui déclinent leurs matières dans différentes pièces (pant / shirt / OW) et pourquoi / quand c’est une bonne / mauvaise idée.










