Nakedgauge
Confort touch knitting regular shirt
J’ai conclu mon tout premier article sur une chemise tricotée en cachemire et zibeline. C’est un produit intéressant qui introduit une idée qui me trotte dans la tête depuis deux ans : le Japon est désormais le pays du knitwear.
Ok, on fait une pause deux minutes. L’idée ici c’est de s’adresser à tout les publics. Du néophyte technique complet à celui qui pense comprendre les sapes parce qu’il a appris par cœur les guides de Bonnegueule. La chemise en question est tricotée, et non tissée : les matières de vos vêtements se divisent en effet en deux catégories, les tissus et les tricots. La plupart de vos chemises sont en tissu. Ici il s’agit d’une chemise dans une matière de pull. D’aucuns la qualifieraient de cardigan.
Cette chemise est tricotée en cachemire et en zibeline. Le cachemire vous connaissez (ou vous croyez connaître), la zibeline c’est un petit animal mignon, Sable en anglais, qui a longtemps été chassé pour sa fourrure mais qui est dans le cas présent exploité pour l’extrême finesse de son poil. Je ne vous remets pas le visuel, vous êtes capable de google la bête.
Car oui, le cachemire n’est pas la fibre la plus fine. Il y a tout un univers de poils (parce qu’ils s’agit de poil au fond) plus fins, et pas seulement la vigogne que vous connaissez sans doute via le département marketing de Loro Piana. Il y a même des moutons mérinos au pelage plus fin que la capra hircus, tout cela relève juste d’une immense branlette autour du micron.
Depuis l’aube de l’humanité, l’homme a cherché à mesurer son sexe. Il en résulte une passion pour la mesure, pour le classement, pour les nomenclatures. Il n’est donc guère étonnant que l’homme soit obsédé par le diamètre des fibres et a fortiori le japonais par les tableaux et rankings. Comme pour le penis, les paradigmes changent : le romain le préférait petit, le gentleman anglais voulait sa laine épaisse. De nos jours vous le voulez gros et votre laine fine.
Alors certes plus c’est fin plus c’est doux. Encore que c’est à nuancer : la finesse de l’alpaga ne se traduit pas par la même douceur que la finesse généralement inférieure du mérinos, car la structure de la fibre n’est pas tout à fait identique (le crimp notamment.) De plus le diamètre n’est pas l’unique paramètre : la longueur (qui va atténuer entre autre le piling), la résistance (à la casse, à l’abrasion, à la teinture…), mais aussi la compatibilité avec l’industrialisation, sont autant de paramètre à prendre en compte.
Si notre cachemire n’est pas le plus fin, l’ensemble de ses qualités en font le candidat idéal à la fibre au meilleur rapport douceur / solidité / travaillabilité / polyvalence / etc.
C’est donc cela qui m’a interpellé dans cette chemise : pourquoi la zibeline ? Ce n’est pas comme si c’était un argument commercial : même au Japon, c’est une fibre rarissime, que personne ou presque ne connaît. Autant proposer 100% d’un cachemire éprouvé. C’est plus fin, mais à 20% de proportion ça ne changera pas grand chose à la douceur du cachemire : la douceur est bien souvent celle de la fibre moins disante, et les marques qui ajoutent 5% de cachemire à leur laine mérinos ne se respectent pas et ne vous respectent pas.
Alors il fallait commander. Je dois avouer une grande faiblesse pour le cachemire sous toutes ses formes, sans doute la fibre qui me fascine le plus et celle que je connais le mieux. A la réception j’ai compris : la zibeline, c’est du mohair, mais du mohair qui ne vient pas gacher la main.
Keep up with me : quand on mélange deux matières dans un tricot, on essaye généralement d’apporter les qualités des deux ou de minimiser les défauts des deux. Ou les deux à la fois. Le cachemire est une fibre d’une grande douceur, mais très lisse, régulière. On peut tenter de la brosser, ce qui la fragilise. On peut tenter d’y incorporer une fibre qui a plus de caractère visuellement : souvent du Mohair. Le mohair est à la fois solide et avec des fibres courtes, aussi il donne une impression de « poilu » sans que ça dégénère en bouloches. Problème : le mohair, c’est pas doux, et dans votre cachemire, ça vient gâcher la qualité.
C’est là que notre zibeline intervient : des fibres assez courtes rendant un 100% zibeline peut envisageable, mais des fibres assez douces pour concurrencer celle du cachemire. L’alliance des deux donne une qualité très « nuage », avec une douceur aérienne et un aspect duveteux attrayant.

Il faudra revenir dans quelques mois pour avoir mon avis définitif sur cette composition : un vêtement ça se porte, ça se lave, ça se vit. En particulier comparer avec cette photo, voir si l’aspect duveteux s’accentue.
Si j’en ai parlé aussi tôt, c’est pour revenir à cette idée évoquée en introduction : le Japon fait désormais des mailles plus intéressantes que l’occident, ce qui n’a longtemps pas été le cas. Ils étaient certes très largement leader côté tissu, côté style, côté sape, mais ce n’était pas vraiment le cas côté tricot, à l’exception du jersey (la matière des t-shirt et des sweats.)
Or, depuis quelques années, les marques de tricot et les usines de tricot japonaises se lâchent, innovent, recherchent et développent sans les inhibitions des marques et usines occidentales qui s’accrochent à la tradition et à un passé glorieux pour répéter ad nauseum les mêmes fils, les mêmes légendes et les mêmes rengaines. Le pull en cachemire le plus intéressant que j’ai pu toucher depuis des années ne vient ni de chez Loro Piana, ni de chez Brunello Cucinelli, ni de chez Johnston of Elgin, mais bien de chez Batoner, et si j’avais le budget je suis persuadé que le deuxième pull le plus intéressant proviendrait de chez Yamauchi. On en reparlera.
PS : attention au cachemire « zibeline » qui est un traitement appliqué post tricot sur un cachemire tissé pour lui donner un effet de vaguelettes. Ça n’a rien à voir avec la zibeline dont je parle ici (enfin si, ça évoque synecdotiquement sa fourrure.) Vous trouverez cet effet chez Begg&Co, et il a fait la gloire d’une DVNB française qui est aujourd’hui une des pires du secteur en matière de marketing vomitif.
PSS : pour ceux qui se demanderaient si le produit / la marque vaut le coup, ça sort à 350€ au Japon, donc oui si vous savez importer. A ma connaissance pas de distribution en Europe, et cette chemise vaudrait alors dans les 700€. Au delà de la matière, la confection est très propre, et le reste est à l’avenant. C’est fabriqué en Chine, sans surprise lorsqu’on parle d’un produit à base de cachemire.






