Le cas des shorts
+ out of the closet + Do wan’t won’t buy
Décidément, j’ai beau me moquer de l’obsession des Français pour la présente canicule (mes origines font que je supporte plutôt mieux la chaleur que mes compatriotes), mes derniers articles révèlent un tropisme pas totalement assumé. Soit. Nonobstant la température, le short est sans doute l’une des pièces les plus problématiques du vestiaire pour les amateurs de belles sapes. Arrêtons-nous un moment sur son cas.
Prenons un pantalon tout à fait ordinaire, avec un top block classique, une braguette à bouton, une fermeture double, même pas de v d’aisance, même pas de doublure, vraiment, un pantalon basique. Prenons exactement le même, mais version short. Pour la marque qui le commande à une usine, l’écart de prix entre les deux est de l’ordre de 10 à 20% grosso modo. Aussi, logiquement, si elle vous vend un pantalon à 500€, le short dans la même matière devrait se retrouver entre 400 et 450€. Seulement voilà, si vous êtes prêt à mettre 500€ (ou 320€) dans un pantalon, il n’est pas question que vous dépensiez 400€ (ou 250€) dans un short !
Revenons sur la logique de cet écart de prix histoire qu’elle soit bien comprise. Une sape, c’est confection + matière + coûts divers (transport, logistique, etc) = coût de la sape * marge = prix final HT, que ce soit wholesale ou DTC. La matière représente entre 15% et 40% du coût de la sape, en général plus la pièce est haut de gamme plus le prix de la matière augmente, surtout dans ce qu’on aime nous (une chemise slow fashion est à peine plus chère à la confection qu’une chemise de DNVB lambda, mais la matière pourra coûter le double.)
Quant à la quantité de matière, l’écart de consommation entre pantalon et short est réel, mais pas autant qu’on pourrait le croire : le top block est identique dans les deux cas et représente facilement 30-40% du total, c’est au niveau des jambes que l’écart se fait, écart très variable en fonction des longueurs (un pantalon non fini en grande longueur vs un short court ne donnera pas le même ratio qu’un pantalon pegtop vs un short long.) Vous comprenez aisément que même doubler une partie qui représente 60% de la matière qui représente 30% du coût total, l’écart final reste relativement modeste au regard de l’écart psychologique entre un pantalon et un short.
Mais alors, comment font les marques ?
Première méthode, assumer. Chez Berg & Berg, l’écart entre le short Antonello et le pantalon du même nom, même matière, c’est 20%. Sachant que c’est un pantalon vendu avec un inseam considérable, il est probable que la marge soit identique pour ces deux pièces. Du coup, à 330€ le pantalon paraît presque raisonnable vs les 265€ du short qui font un peu mal. Et dans les deux cas on est sur un coton très basique !
Seconde méthode, miroir de la première, un effort sur la marge des shorts. C’est à mon avis le cas chez De Bonne Facture : le pantalon lounge en lin et le short lounge dans la même matière ont 30% d’écart, pour des finitions strictement identiques. Il est probable qu’elle marge un peu moins sur le short.
Troisième méthode, ne jamais faire le même produit en version short et pantalon, et faire des économies sur les shorts : soit les proposer dans des matières moins chères, soit raboter les finitions. C’est de cette manière que vous retrouverez des shorts sans braguette fonctionnelle, et aussi pour cette raison que les ceintures élastiques sont beaucoup plus courantes que les top block traditionnels. Chez Drapeau Noir, entre le pantalon ballon et le short en seersucker, on voit à la fois un écart de coupe (ample vs slim) et quelques finitions plus basiques (pas de pince, pas de ceinture, pas de poches à rabat), qui permettent de faire un effort tarifaire avec un short 35% moins cher. Et même là probable que la marque marge moins sur le short, ce qui illustre la possibilité de combiner plusieurs méthodes.
Maintenant que nous comprenons bien pourquoi un short, ça paraît cher, voyons un peu ce qu’offre le marché. Si je le caricature un peu, je dirais qu’il se segmente niveau style autour de deux axes : le top block, qui peut être plutôt traditionnel ou au contraire très easy, et la longueur, de nos jours souvent soit bien courte, soit très longue.
Le top block donc. Sur le short Berg & Berg montré plus haut, il est conçu comme n’importe quel pantalon, et on peut donc retrouver les grands classiques : la fermeture boutonnée, une braguette fonctionnelle (ces deux features imposant d’acheter du hardware, zip ou bouton), un v d’aisance, une doublure, un fond de culotte, une patte de boutonnage déportée… la totale. À titre personnel j’ai tendance à appeler cette pièce un bermuda, mais je ne suis pas certain que cet usage du terme soit partagé, la plupart préfèrent plutôt faire une différence en fonction de la longueur. Tout à l’opposé de cette structure, le short minimaliste a une simple taille élastique avec un cordon et même pas de braguette. L’idée étant que l’informalisme de la pièce justifie des finitions plus basiques, même si ça arrange bien les marques de casser les coûts : c’est quand même rarissime de voir des pantalons sans braguette en 2026 (sauf inspiration jogging comme les pantalons Borali), des shorts non.
La longueur. On sort d’une période de short shorts (mi-cuisse ou moins) et on voit revenir des longueurs plus importantes (au-dessus du genou ou plus.) Les deux cohabitent pour le moment. Toujours à titre personnel, je considère qu’au-delà de juste sous le genou, ce n’est plus un short long mais un pantacourt, de triste mémoire. Dans les deux cas la coupe sera ample, car la seule chose plus datée qu’un pantalon slim c’est bien un short slim, et ça risque de le rester quelques années encore.
Lequel préférer ? Tout dépend de votre physique, le short court nécessite quand même d’avoir des jambes pas trop fines si vous n’êtes pas Harrison Ford. Chez AKOG, l’offre est assez large et permet de bien voir ce que différentes longueurs donnent, du Volta très court au récent Juno.
La matière ensuite. Le short a ceci de pratique qu’à peu près n’importe quelle matière fera le taff du moment qu’il est un peu ample. L’air circule facilement, tant qu’on évite le plastique de chie (et qui ici porte des shorts en polyester non technique ?) il n’y a pas de mauvais choix : la supériorité du lin et dans une moindre mesure de la laine est bien moins marquée que pour une chemise ou un t-shirt en jersey.
La difficulté pour la matière, c’est plutôt le corollaire évoqué du prix psychologique du short qui empêche les marques de vraiment se lâcher sur cette dernière. Ça explique les hordes de shorts en coton sans beaucoup d’âme comme le Berg & Berg, qui fait vraiment adhérent des Républicains sortant de la messe du 15 août. Ça explique aussi les hordes de tissus fantaisies qui s’avèrent un peu cheap sur le long terme, comme ceux qu’aime utiliser Octobre Éditions. Le short en effet n’est pas tendre avec ses matières, plus que la transpiration ce sont les UV qui menacent les teintures.
Difficile de généraliser, mais plus la teinture pénètre (et donc les méthodes qui teignent le plus tôt possible dans la chaîne de production) mieux elle résiste. Le type de teinture joue aussi, les teintures réactives souvent employées sur le coton se dégradent vite. Les teintures naturelles qu’on aime tant ici sont aussi fragiles, mais pour le coup leur patine est une feature plus qu’un défaut. Quoi qu’il en soit, c’est souvent là que le bas blesse : les shorts Portuguese Flannel par exemple vivent très mal les UV.
Quelle meilleure façon de poursuivre cet article que de faire le tour des shorts de mon placard ? Out of the closet bonus donc, chez Cashcach on est pas rat et on offre deux articles en un (et, spoiler, même trois.) Comme d’hab, l’idée c’est de faire un retour sur des pièces bien portées et poncées.
Shorts De Bonne Facture en lin
Ces trois shorts appartiennent à l’itération “relaxed short” qui n’existe plus aujourd’hui mais qui a longtemps constitué le cœur de la gamme de la marque sur ce type de pièce. Les trois sont en lin du fournisseur belge Libeco, toujours utilisé par la marque sur la version actuelle, une évolution nommée traveller short.
Le relaxed short est un produit plus modeste que le traveller : pas de braguette du tout (même visuelle), un cordon de serrage basique et un peu court (corrigé désormais), des poches arrière format ridicule CB (littéralement, ça a longtemps été un énorme problème de la marque qui a mis un sacré temps à le corriger.) C’est aussi un short qui craint de gain, rustique comme il faut, et avec lequel on n’hésiterait pas à partir en rando impromptue.
Le lin de chez Libeco est un lin moyen. Il fait son taf de lin, il est léger, frais, il vieillit pas trop mal, il froisse pas mal mais pas trop mochement. Les trois commencent à avoir quelques saisons, et à être un peu usés, mais ils vieillissent plutôt bien. Les deux unis sont mes shorts basiques standards de l’été. Le modèle à carreaux est plus compliqué et sort moins souvent.
Short De Bonne Facture en coton imprimé
Le même modèle, mais dans une toile de coton imprimée d’un motif provençal. Le genre de pièce qui make or break une tenue selon la façon dont elle est associée, plutôt à l’aise avec l’indigo et pas grand chose d’autre. Ceci explique qu’il ne sorte pas si souvent, mais quand il sort il fait son effet.
On en a parlé, mais sur un short, la matière est moins importante que pour une chemise : vous transpirez moins des cuisses que des aisselles ou de la fosse cubitale, a fortiori si la coupe arrive au-dessus du genou et que la coupe ne vous colle pas aux cuisses.
Shorts 11.11 en coton handloom
Excellente illustration de ce que je disais : ce sont des cotons assez lourds pour un short, qui plus est doublés pour le confort, et pourtant ils restent parfaitement confortables dans la plupart des conditions européennes. Les porterais-je par 90% d’humidité relative ? Sans doute pas.
J’en ai déjà parlé ici, j’en possède désormais deux, et bientôt trois même. Ces shorts friseraient la perfection s’ils avaient une poche arrière. En l’état c’est leur unique et grave défaut, ça va que je ne suis pas le genre de mec à embarquer tout un tas de merdes avec moi.
À part ça ils ont une braguette fonctionnelle, la coupe est relativement courte (mais pas très courte) et ample, visuellement ils tuent. Si les De Bonne Facture sont mes shorts de base, ceux-là sont les shorts de mes meilleurs outfits.
Celui qui arrive bientôt ?
Un vrai pari, mais pas trop risqué (150€ fdp et tax in soldé.) Je voulais un short un peu fun pour réveiller certaines chemises plus neutres, on verra ce que ça donne !
Short Briglia en laine
Pas de visuel, le short est au sale.
Troisième cavalier des matières d’été après le lin et le coton, ce short en laine de la marque italienne assez inégale Briglia. Vu que le coton fait franchement le taf en été, on pourrait questionner l’intérêt de la laine. C’est surtout une question de style, une laine froide comme celle-ci fait tout de suite un peu plus sophistiqué et passera mieux avec des pièces plus élégantes. Disons que c’est le short pour aller prendre l’apéritif en terrasse un soir de canicule dans un lieu un peu branché. Est-ce que je fréquente de tels lieux ? Non, ou alors contre mon gré.
Cet usage un peu restreint fait que je ne voulais pas y mettre une fortune. Ce Briglia était un petit pari à moitié réussi : j’en suis globalement satisfait mais l’un des embouts du cordon a déjà pété. Pas terrible. Au final comme toujours je me dis que j’aurais mieux fait d’y mettre le double et de prendre un Auralee : en sape, la demi-mesure finit toujours par décevoir et ne fait que reculer l’achat ultime.ar décevoir et ne fait que reculer l’achat ultime.
Short LEJ en lin
Retour sur le lin avec ce très beau lin indigo rayé. LEJ a toujours le chic pour trouver des matières qui claquent. Il se délave petit à petit, mais de manière assez uniforme.
La coupe la plus courte de tous mes shorts. Un peu pénible à associer (porter trop long en haut le fait disparaître) mais c’est le contraste entre coupe et matière qui fait son charme. Vivement que les Anglais rejoignent l’UE (mais sans leur statut privilégié d’avant) qu’on puisse acheter du LEJ sans douane !
Enfin ils ne méritent guère qu’on s’y attarde, mais je possède quelques shorts en coton Uniqlo pour le bricolage et le jardinage, et deux shorts de sport Décathlon (je n’arrive pas à investir dans une tenue de sport digne du reste de mon vestiaire.)
Terminé ? Eh bien non. Ivre, il paye sa tournée de contenu et on enchaîne sur un rapide Do want, won’t buy spécial short avec ce qui me fait envie en ce moment même. Trois articles en un.
Neat - big trunk - seersucker
Neat est un spécialiste des pantalons et shorts, avec des collections très très larges, à boire et à manger niveau matières. Si je ne suis pas un aficionado du seersucker vu les étés plutôt secs qu'on a ici, j'ai toujours aimé le style, surtout en short. Ample, cool, moins de cent balles au Japon, c'est pas impossible que je le prenne un jour en beige, même si l'absence de poches arrière me chiffonne un peu.
Aton - loose fit short - coton linen voile
Je n'ai rien acheté chez Aton cet été, et ce n'est pourtant pas l'envie qui m'en manque. Ce short existe aussi en pantalon, tout aussi cool (au prix japonais, parce que chez MrPorter il est a 500 balles.) . Taille élastiquée mais fermeture classique, cordon de serrage, deux pinces, coupe large, matière classique de la marque, couleurs canon, moins de 220€.
Riprap - wide short slacks
Si vous avez suivi plus haut, vous avez peut-être constaté que mes shorts tendaient tous vers le très casual. Très rarement, je ressens le manque d’un bermuda un peu plus habillé, si tant est qu’un short puisse l’être. Je n’ai toutefois aucune envie de me promener dans un twill de coton à la con.
La solution, c’est un bon vieux duck canvas des familles. Une toile plutôt qu’un serge, plus structuré, une texture plus intéressante tout en restant assez discrète pour que la forme très classique du short fasse son taf. Ici chez Rip Rap, une petite marque pas très connue, avec un focus sur le 経年変化 (l’évolution des sapes dans le temps), moins de 200€.













