Arpenteur
Il n'y a que maille Rachel qui m'aille.
J’ai un peu honte, mais je n’ai presque jamais possédé de pièces Arpenteur. Moi qui râle en permanence sur la nullité des marques françaises, moi qui pleure de l’absence de culture sape à Lyon, j’ai l’une des toutes meilleures marques françaises à 15 minutes de chez moi et je ne suis quasi pas client. Shame.
J’exagère un tantinet : j’ai beaucoup porté une veste de travail de la marque aux alentours des années 2010. La marque était alors très très workwear mais un workwear français, à une époque ou le terme n’évoquait pas immédiatement ces youtubers fachos teubés. Avec une confection et des matières assez brutes, cette veste était ma foi très cool. Villefranche ? Ou Mayenne ? Je ne me souviens plus exactement de la référence. Un gros sergé de coton bleu avec des boutons en corozo.
Autre pièce acquise par la suite, un pantalon surteint au pastel. Un twill banal, mais une technique de teinture qui n’a rien à envier au dorozome, aizome et autres zome de nos amis japonais. A ceci près que je ne suis pas un très grand fan du bleu pastel, et ce n’est pas faute d’avoir essayé (j’ai aussi possédé un t-shirt De Bonne Facture teint au pastel jadis.) IMHO on pige assez vite pourquoi le pastel s’est fait défoncer par la découverte de l’indigo, mais passons, ce n’est pas le sujet. J’ai presque honte de dire que je porte ce pantalon surtout pour jardinier et bricoler l’hiver, mais après tout n’est ce pas le plus beau compliment à faire à du workwear ?
La marque a connu une belle évolution lente et prudente. D’abord avec une montée dans son ambition, au niveau des pièces, des coupes, des matières. Je déplorais toutefois une certaine frilosité dans les couleurs : une dominante de noir, de Marine et de gris. Un peu comme chez Comoli en plus triste. Et si je peux pardonner le monochrome brunâtre de Evan Kinori, le gris et le bleu m’emmerdent royalement. Quelques rares couleurs venaient éclairer les collections, mais trop vives, trop premier degré, et noyées au milieu des cinquante nuances de gris et de noir.
Depuis quelques saisons c’est moins le cas : les couleurs d’accent sont plus variées, plus subtiles, et les couleurs principales changent un peu. Hélas là encore je rate ma rencontre avec la marque : ces mailles Rachel si cool sur le papier, portées par la chemisette Coral, je les trouve inadaptées à la saison estivale dans nos régions. Ces doudounes Loft arrivent en plein dans ma période Polaire, c’est comme espadrille ou tong, il faut se positionner. Cet incroyable tweed mousseux Chanelesque qui est réservé à un ensemble de bicraveur de luxe, un beau pas de côté, mais pas pour moi : le conseil syndical de mon immeuble serait trop inquiet de me croiser.
Cette saison encore je suis désynchronisé de la marque : j’ai beaucoup aimé la veste Sigma pied de poule vue chez Centre Commercial, le pull source est très cool, mais aucune des deux pièces ne s’inscrivent dans mes plans d’achat de la saison d’hiver. Il reste l’espoir de la braderie prochaine, mais j’y arrive souvent désargenté.
Car oui, cette ambition a un prix, et la marque est chère. Très chère. Non pas qu’elle marge grassement pour autant. Seulement le coût de belles matières en petites quantités ajouté au coût d’un made in France aux finitions correctes, in fine ça douille. On n’y vient pas pour le rapport qualité/prix.
Quoiqu’il en soit, c’est une marque à apprécier IRL, ils ne sont pas les meilleurs vendeurs du monde : le site Internet est fonctionnel mais les photos peinent à mettre en valeur les pièces. Je ne leur jette pas la pierre, les revendeurs ne font pas mieux, et que dire de ce cliché ! C’est en main qu’elles se révèlent, le poids des lainages, les détails fonctionnels, les choix stylistiques, et ce tout en restant fidèle à une fabrication et des matières majoritairement françaises, ce qui représente pourtant un énorme boulet pour une marque : ce n’est pas un hasard si De Bonne Facture avait fait le choix de la délocalisation pour ses chemises.
Est-ce qu’au fond la leçon a en tirer est qu’une marque doit tracer sa propre route sans chercher à se conformer à des schémas et recettes établies ? L’avenir d’Arpenteur nous le dira, mais pas grande monde ne crée des vêtements aussi intéressants dans notre pays. J’en aurai un jour, j’en aurai.
Edit : suite à la rédaction de cette article et avant sa publication (j’en ai pas mal dans le pipe), Arpenteur a rentré son second drop. Au passage on les remercie de n’en faire que deux et pas douze comme d’autres. Hélas ça illustre bien quand même la problématique des drops quand ils sont tard dans la saison : ce pantalon, je l’aurais acheté début octobre, ou je l’aurais au moins attendu s’il avait été ne serait-ce qu’annoncé ! Je ne le dirai jamais assez : notre budget n’est pas extensible, il faut nous donner un peu de visibilité, sinon c’est la prime au plus rapide.






